Déchéance.
.
.
Pfff, toujours aussi
passionnant.
C’est fou ! Je sais
pas, on pourrait peut être changer pour
voir.
Ah,
qu’est
ce
que j’aimerais me casser
de cette vie pourrie, pourrie ARCHI
POURRIE.
Qui je suis ? Aucune
importance. Quelqu’un de banal, sans aucune ambition, aucun
avenir, aucun désir. La seule chose que je sais faire c’est
me lamenter. Oui, c’est une de mes spécialités. Une fille
ennuyeuse à mourir, dans un monde pourri jusqu’à la moelle.
J’aime bien ce mot : « Pourri ». Ca sonne
agréablement à mes oreilles. Dénuée de toute forme
d’optimisme possible, ça me définit bien. Mon projet dans la
vie : « euu… me laisser crever au fond
d’un bois » Ouais ce serait
sympa.
Me présenter ? vous
rigolez ?
C’est une
consultation ? Si oui j’ai pas de fric alors démerdez
vous !
Certes…je parle mal, ma
« mère » dit que c’est une forme de rébellion
contre l’autorité parentale… Les gens inventent de ces
trucs franchement !
On va donc commencer par le
début, pour faire simple.
Je suis née dans un trou perdu,
j’ai déménagé pour aller dans un autre trou perdu, j’ai
14 ans, 3amies complètement abruties par leur culte de
je-ne-sais-qui-qui-fait-du-cinéma.
Enfin bref, une fille banale
quoi, pas de copain, pas de bons résultats scolaires, pas
d’activités.
‘Savez, quand on est
nulle, on aime bien rabaisser le monde plus bas que son propre
niveau, ça nous valorise en quelques sortes…Ca rassure, on
se dit : « aah, bah, ya plus pourri que
moi ».
Toute ma vie, ou plutôt ma
courte vie, j’ai rêvé d’être quelqu’un
exceptionnel. Tu parles d’un rêve. Un rêve c’est fait,
en toute logique pour rêver, et, quand tu rêves, il y a peu de
chance pour que ça se réalise. Défaitiste ? Moi ? Pas du
tout… j’aurais préféré être une merde chien, jme
serais moins ennuyée, jle sens.
Continuons, (c’est sensé
me soulager votre thérapie ?)Pas de casier judiciaire…
rien.
C’est pas parce
qu’on est nul qu’on est forcément délinquant,
c’est quoi ces préjugés totalement faux ? Enfin
c’est pas ce que vos préjugés mais j’aime bien devancer
les gens !
Mais je suis où là ?
Qu’est ce que je fous habillée comme que de un sac ? je
sais que d’habitude je suis pas super bien habillé
mais… AARGH, j’ai même pas de sous vêtements !
C’est quoi ce binz ? Non vous ! Vous ne me touchez
pas ! Quoi ? Je dois me calmer ? Non mais
oh !
Une piqûre ? Ah non
j’aime pas ç…
Aie ma
tête !
Je peux pas me
lever !
Ça tourne, tourne, je vais
vomir.
Oups, j’ai tout régurgité
par terre.
C’est quoi cette
chambre ?
Vous êtes qui vous…ma
tête…
J’émerge enfin.
Qu’est ce qui s’est
passé ?
J’essaye de me relever,
c’est quoi ça ? Des sangles fermement serrées
m’attache ! J’y crois pas ! On m’a
attachée à mon lit
quoi ! Mais c’est dégueulasse, qu’est ce
qu’on va me faire ? J’ai vraiment
peur…
DETACHEZ
MOI !
DETACHEZ
MOI !
Personne ne répond. Une pièce
carrée, vide, murs blanc, nus. Je crois que je suis au centre de
cette pièce. Ah ! Quelle odeur immonde, mais qu’est ce
que c’est cette odeur
d’hôpital !
Hôpital ?
Hôpital ?
Récapitulons. Ne paniquons pas.
Je suis attachée dans un lit, en ce qui semblerait être une blouse,
dans une chambre aux murs nus et blanc, complètement vide et une
odeur insoutenable de ce qui semblerait être du désinfectant pour
hôpital est présente.
Beaucoup de choses
sembleraient…
Je ne suis pas malade, je me
sens bien, très bien.
Je ne suis pas folle, sinon,
pourquoi m’attacherais-t-on ? je suis complètement
lucide, COMPLETEMENT ! Qu’est ce qui se passe ?
Mauvaise blague ?
Non !non ?!
Je ne me souviens de rien,
strictement rien.
M’aurais-t-on
droguée.
Ne suis-je point
lucide ?
Est-ce un mauvais
rêve ?
Les sangles, les sangles,
détachez moi, détachez moi…
***
« Madame ?
Madame ? Vous vous sentez
mieux ? »
Une dame ? Non moi
c’est mademoiselle ! Est-ce que j’ai l’air
d’être une dame !?Qui c’est celle là ?
Hein ?! Les sangles, la chambre, la
blouse ?!!
« Je suis ou là ?
Qu’est ce qui s’est
passé ?
-
Ne craignez rien, on va vous administrer
un petit calmant, ça va vous faire du
bien !
-
NON ! j’en veux pas de vos
trucs ! NON
-
Mais il faut en prendre, voyons, ne soyez
pas si têtue !
-
LAISSEZ MOI LAISSEZ
MOI »
Non, elle ne me laisse pas, elle
me pique tant bien que mal. Je me sens toute calme maintenant.
Ah ! Quel monde pourri et dénué de sens ; serais je en
train de délirer ? Qu’est ce que vous m’avez
donné, c’est quoi ce calmant… Punaise j’y
comprends que dalle ! QUE
DALLE ! j’ai la tête qui tourne, envie de
vomir …
Noir.
" Madame, vous avez de
la visite ! "
De la visite de où ? Et toi
avec ton sourire de niaise, dégage tu fais
peur !
Qu’est ce que tu chuchotes
là ? Tu crois que je te vois pas ! Ah j’ai les
nerfs ! C’est horrible ! Tout m’énerve dans
ce monde mal foutu, ça m’énerve tellement que j’en
parle mal !
« Comment
vas-tu ? »
En v’la un autre. Il a
l’âge d’être mon père. Et moi allongée je ne sais
où ! Tiens, d’ailleurs je ne suis plus sanglée, mais
dans un lit propre, aux draps blancs, dans une mignonne petite
chambre… c’est vraiment étrange. Et celui là qui me
tutoie ! On se connaît ?!
Il prends un regard désolé et
s’en va chuchoter à l’autre abrutie, comme si je ne
l’entendais pas !
« Elle ne me reconnaît
pas… »
Euh y a erreur, je ne vous ai
jamais connu alors, s’il vous plait, ne me prenez pas pour
une folle ! Ah ben voila qu’il pleure ! Mais je ne
te connais pas, d’où est ce que tu viens ? Qui est ce
que tu pleures ? Je n’y comprends rien, rien du tout,
vous faîtes tous erreur ! Je ne suis pas folle, ni malade, ni
je ne sais quoi
d’autre !
***
« Madame, c’est
l’heure de votre toilette, allez levez
vous ! »
Pfff, je sens que je ne vais
même pas relevé cet énième erreur, MADEMOISELLE, moi c’est
mademoiselle, 14 ans, capiche ? Oui, oui je me lève, de toute
façon j’en avais bien l’intention, et vous savez
pourquoi ? Pour me barrer de cet espèce d’hôpital de mes
deux ! J’ai rien à faire ici ! Pas besoin
d’aide merci !
Aouch !
Mon dos, qu’est ce qui
m’arrive, je me sens énormément fatiguée tout d’un
coup.
« Oh, les calmants ne
font plus effet ? Ne vous inquiétez pas c’est
normal ! »
NORMAL ? C’est à
cause de vos sangles oui ! je commence à admettre le fait
d’être dans un hôpital même si j’en ignore totalement
la cause, mais franchement, où est ce que ça s’est vu
d’attacher les patients avec des sangles dans une pièce
totalement vide ?! Finalement je veux bien de votre aide,
j’ai vraiment mal partout, ça doit faire une éternité que je ne me
suis pas levée. Une éternité … C’est
par où la salle de bain ? Ah, vous me guidez, très
bien !
« Attention à la
serviette sur le sol
madame ! »
C’est bon je suis pas
complètement sénile non plus, 14 ans, c’est plutôt avancé
vous ne trouvez pas ?
Mon…mon…
mon …MON
VISAGE !
Je suis toute vieille,
qu’est ce que c’est, Au
SECOURS ! Réveillez moi je vous en
supplie !
Ce n’est pas moi, non ce
n’est pas mon reflet, je ne suis pas ici, c’est une
illusion, un effet d’optique, un cauchemar ! Ah, ma
poitrine, aie j’ai mal, mal , c’est
horr…
***
« Nous avons le regret
de vous annoncer le décès de Madame Wibert, âgée de 70 ans, des
suites d’une crise cardiaque. Grésille la voix du
téléphone
- Non, non, ce n’est
pas possible !
- Je suis navrée, ce doit
être une immense douleur pour vous,
mais…
-
…
- Sa maladie était à un
stade très avancé, ses cellules dégénéraient de jours en jours,
lors de sa dernière consultation, elle nous affirmait qu’elle
avait 14 ans et…
- Elle ne m’a pas
reconnu…
- Vous savez, il y a une
cinquantaine d’année on avait trouvé un remède contre cette
maladie terrible ! Mais elle aussi a évolué, et en pire, la
mémoire s’efface et la personne devient complètement dénuée
de lucidité se persuadant vivre à une époque révolue de sa
vie ! Le fait que nos locaux n’aient pas énormément
évolués par rapport à il y a cinquante années a favorisé sa survie,
mais le miroir lui a été fatale. Si cela n’avait pas été le
miroir, cela aurait été autre
chose !
- Mais…mais,
jusqu’à lors, il n’y avais jamais eu d’incident,
ça a évolué si vite !
- A la sortie du coma, le
patient est persuadé d’être un enfant, ou autre. Il est
complètement lucide, en tant qu’ado ou enfant qu’il
croit être, mais ne se souviens de rien de sa vie passée. Il pique
des crises ingérables à moins de l’attacher pour ne pas
qu’il ne se fasse mal .Pour votre mère, elle ne voyait pas
au-delà de ses quatorze ans. Sa survie n’a malheureusement
duré que quelques jours. Mes sincères
condoléances.
- Je… je…
merci, au revoir. »
L’homme raccroche le
téléphone. 40 ans, Père de trois enfants. Situation
stable.
Il s’effondre dans le sofa
non loin du téléphone, et il se mit à pleurer, pleurer pour cette
femme qui l’avait élevé, nourri, pour cette femme du nouveau
siècle, en silence, tout doucement. Cette femme moderne qui jamais
ne s’est laissée faire. Aujourd’hui, Le 4 juillet 2062,
cette femme était morte, partie pour toujours, envolée dans les
cieux. Il pense, il a des regrets, des remords, il a peur de
l’oublier, celle à qui il doit tant. Il la remercie, la prie
de lui pardonner ces erreurs. Il regarde vers le haut, tout en ce
disant ce que chacun se dit après avoir perdu
quelqu’un.
« Tu veilleras
sur moi, n’est ce pas ?!Tu seras toujours
là ! » .
Il n’y a pas d’âge
pour pleurer, Pleures, soulages toi. Oui je veillerais sur toi. Je
comprends ce que tu vis, ce que tu penses, je ne me souviens de
rien non. Je suis ici comme je l’étais là bas. Je te promets
d’apprendre à te connaître, et de suivre tes pas. Moi qui
n’avais pas de projets ni d’ambitions, comment ai-je pu
faire pour t’avoir, tu a l’air si formidable. Je suis
grand-mère. Je ne pense plus, j’observe et je chéris. Je ne
connais rien de ma vie, apprends la moi. Je n’aurais jamais
cru avoir un fils, je n’aurais jamais cru qu’il serait
aussi beau, aussi gentil doux et sensible. Je m’en vais en
paix. Sans regret ni remord, parce que je sais que ce monde
n’est pas aussi pourri que je ne le pensais, il est même bien
meilleur, grâce à toi, mon merveilleux fils que j’aime plus
de seconde en seconde. Merci.
FIN.
ndt: Cette maladie
n'existe pas, cependant, je me suis
inspirée
des ravages de l'Al
Zeimer, qui j'espère 'évoluera jamais comme ça
!
...