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CHAPITRE 1
« Tornouet, que pensez vous donc des actions élaborées par des organisations terroristes à l’encontre des pays du Nord ? »
Le professeur, lui sourit d’un air mesquin. Les professeurs sont toujours du côté des bons élèves, c’est connu, mais jamais du côté de l’élève Tornouet. Le pauvre garçon, sujet aux rires et moqueries il ne ratait jamais un jour d’école, supplice ou pas. C’était un bon élève, et même un excellent élève mais étrangement, il nourrissait des sentiments peu communs à l’égard des professeurs. Il s’exprimait de façon châtiée, portait toujours des tenues impeccables. On aurait pu croire qu’il avait le look d’un « intello », ou d’un « keeno » comme certains s’amusaient à le surnommer. Mais pas du tout, bien au contraire, il ne portait point de lunettes et ses vêtements sortaient toujours de la dernière collection d’un magasin très côté chez la jeunesse dorée. Il n’avait rien de répugnant, rien de suspect. Il était tout ce qu’il y a de plus normal hormis sa richesse de vocabulaire, d’esprit et de patrimoine familial. En effet, il n’était pas né dans n’importe quelle famille. C’était un aristo, certes, mais il ne le montrait pas et sous aucun prétexte ne s’en vantait, ce qui aurait normalement provoqué la jalousie des autres. Il était même inscrit sans le traditionnel « de la … » des nobles. Bizarrement, cette jalousie il se l’attirait tout seul, sans rien faire, sans rien laisser paraître, juste comme ça. C’était vraiment trop étrange. Il était plutôt beau mais aucune fille ne s’intéressait à lui, même les pires cruches qui puissent exister. De toute façon il s’en fichait.
Ce qu’il ne supportait pas, c’était s’exprimer devant tout le monde, car il savait qu’il allait encore s’attirer les moqueries. Il ne bégayait pas. De toute façon quoiqu’il dise, le professeur lui rira au nez et les autres élèves aussi, alors autant s’exprimer clairement et rester fier.
« C’est une ignominie » déclara t’il calmement.
Le silence qui pesait sur la classe fondit immédiatement en un rire collectif et méchant. L’élève Tornouet ne le comprenait pas ce rire. Qu’y a-t-il de si drôle à penser quelque chose de juste envers ses actions si répugnantes à ses yeux ? Certes, ils pouvaient bien rire si ils le voulaient, De la Tornouet s’en fichait, si je puis dire, « royalement ». Puis les moqueries fusèrent du genre « Hé, t’sais pas parler normalement bô ? » ou bien « ‘Gad le truc ! inomachin, qu’est c’qui bave c’lui la ? » Suivi de rire. Mais là, quelque chose déplu fortement à Tornouet, et cette chose, c’était que l’on se moque de sa famille ou de son nom. Un jeune homme de sa classe dont il ne connaissait même pas le nom riait d’un rire gras et lui lança :
« Bah alors, Ta mère pète dans la soie alors tu baragouines n’importe quoi ? ‘Culé de Torchecul ! »
Tout le monde se tut. Tornouet, rouge de colère se leva d’un bond, se dirigea vers le fond de la classe et renversa la table de son camarade. Jamais une telle folie ne l’avait envahit à ce jour. Il répliqua avec haine :
« Je ne te permet pas de te moquer de ma famille. Je parle français moi, ça te dérange ?
Espèce de crétin, tu ne sais même pas aligner deux mots sur ta copie alors cette horrible chose qui te sers de bouche, tu ferais mieux de la garder fermé. Abruti fini. »
Première fois que sa classe l’entendait parler avec tant de hargne. Il n’avait pas été grossier, ni menaçant mais ils furent tous bouche bée devant cette personne qui, si correctement et poliment avait fermé le clapet de cet énergumène. Le regard haineux et la démarche excédée, il se dirigea vers son bureau, s’assit. Le professeur, tout aussi impressionné que les élèves ne pipa mot et la cloche sonna. De la Tornouet rangea ses affaires avec discipline et sortit le premier bien avant que le professeur n’ait le temps de donner les cours pour le lendemain.
Pour dire vrai, l’élève Tornouet avait un prénom. Même si seule sa famille le nommait ainsi par son prénom, il est vrai qu’il l’entendait rarement chez lui tout de même.Théodore, prénom plutôt rare chez les aristos !
Il rentrait chez lui à pieds tout les soirs, et, sur le chemin du retour, il repensa à cette altercation qui avait eu lieu en classe. Il eut tout à coups honte, honte d’avoir explosé ainsi et d’avoir montrer sa fureur. Il se remémora ses paroles et se trouva grossier, bien qu’il fut tout de même bien plus respectueux que n’importe qui insultant quelqu’un d’autre ne put l’être.
C’était la première fois que le contrôle de lui-même lui échappait et qu’il laissait ainsi tout exploser sans se soucier du professeur et des autres élèves. Cet incident, car ce fut pour lui un terrible incident, il le garderait pour lui, comme pour toutes les humiliations ou moqueries que les gens peuvent lui proférer. Il ne dirait rien non, à personne comme d’habitude. Il avait apprit la solitude comme tout le monde, seul. Il n’avait ni frère ni sœur et ainsi tout l’héritage de ses parents et de sa famille entière reposait sur ses épaules. Pour se rassurer du vide amical qui l’entourait, il pensait à l’avenir. Oui, il n’était pas horrible, même plutôt beau (et il souriait intérieurement à cette pensée, se moquant de cette modestie ironique), il était riche, intelligent, poli… Que demander de plus ? Il n’avait pas eu d’adolescence difficile, pas d’acné, pas de conflits avec ses parents, mais surtout, à son grand désespoir, pas d’amis …
Tout le reste n’était pour lui que futilité, il avait changé trois fois d’établissement en deux ans, à la demande de ses parents. Il se trouvait pourtant dans un de ses lycées huppés de nouveaux riches aux enfants mal élevés par le laisser allé de la population entière. Oui il désespérait, pas de copine, pas d’amis, il se disait parfois que, même si on s’intéresserait à lui pour son argent il serait content, et par la suite, il se disait qu’il était stupide car il vaut mieux être seul que mal accompagné. Il était alors né en lui un égo si énorme, à force de se consoler en se disant qu’ils ne méritaient pas sa gracieuse compagnie, il se rendit compte qu’il devenait prétentieux, alors, il désespéra encore plus qu’avant.
Toujours dans son trajet intérieur et de la maison, il se mit à penser que si il parlait comme eux, qu’il se fondait dans la société, peut être qu’il se ferait bien plus accepter que maintenant. Ça ne POUVAIT pas être pire de toutes les manières qui soient. Il prit alors une grande résolution ! En rentrant chez lui il essaya d’utiliser toute les expressions malsaines et horribles qu’il avait entendu de la bouche de ses camarades à bon escient et au bon moment. Il s’entraina ainsi à dire « hey, t’fais quoi de hype* bô ? » ou bien « Ceb ceb, tranquille mais, t’es pas v’nu en scoot bô ? ». Il avait toute la bonne volonté du monde, mais l’accent n’y était pas encore, pour lui, le ton était encore un peu trop… forcé.
Le lendemain, il revint a l’école, « gonflé à bloc ».La veille, il avait visité des blogs sur internet afin de s’imprégner au maximum du dialecte, qu’on ne peux pour rien au monde appelé « français ». Il avait failli vomir en voyant ces choses, tout comme « ier, alé a la pissine, tro cool koi, avc ma sista sa gèr, ct tro tro tro bi1 , jtm 444 ». D’ailleurs, certains sigles lui avaient échappés, ne sachant comment les « traduire ».
Il arriva donc au lycée, passa devant « l’abruti fini » comme il l’avait si bien dit hier qui lui en voulait « à mort ». Il fit comme si de rien n’était, et s’assit à son bureau calmement, sûr de lui et de ses connaissances acquises la veille.
A SUIVRE.
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